Cash flow ou bénéfice ?

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  • Le cash-flow mesure l’argent réellement généré par votre société. Le bénéfice tient compte de charges qui ne font sortir aucun euro, comme les amortissements.
  • Pour calculer le cash-flow simplement, on part du bénéfice et on rajoute les amortissements (et les autres charges non décaissées).
  • Avant de vous accorder un crédit, votre banquier regarde surtout votre cash-flow : c’est lui qui montre si votre société peut rembourser.

Après le dépôt de ses comptes annuels, Gilles s’étonne de la faiblesse de son bénéfice. L’expert-comptable lui répond.

Cash-flow et bénéfice : pourquoi ce n’est pas la même chose

Gilles (prénom fictif pour protéger l’identité de notre gentil lecteur) :

Eh bien, je viens de regarder mon compte de résultats, et il y a un truc qui m’intrigue. J’ai comparé le solde du compte en banque de mon entreprise au 1er janvier et au 31 décembre : il a augmenté de 15.000 euros. Mais dans mon compte de résultats, le poste « bénéfice » n’est que de 5.000 euros. Mon comptable s’est-il trompé ? Le bénéfice ne devrait-il pas être proche de 15.000 euros lui aussi ?

L’expert-comptable : Tu touches là une question très intéressante, qui intrigue beaucoup de gens. En réalité, quand tu compares le solde de ton compte au début et à la fin de l’année, tu ne mesures pas le bénéfice, mais le « cash-flow ». Et le cash-flow est différent du bénéfice.

Le cash-flow ? Ça veut dire le flux d’argent qui entre dans l’entreprise ?

Qui entre ou, dans certains cas, qui sort de l’entreprise. Concrètement, tes ventes font entrer de l’argent sur le compte de la société. Pour les réaliser, tu dois en faire sortir : payer tes fournisseurs, ton personnel, tes impôts… Le cash-flow, c’est la différence entre ces rentrées et ces sorties.

Mais l’argent qui entre dans l’entreprise, c’est quand même mon bénéfice, non ?

Eh bien, c’est plus compliqué que cela. Prenons par exemple ta voiture. Tu te rappelles que je t’avais expliqué qu’elle faisait l’objet d’amortissements ?

Oui oui, merci pour ces explications, d’ailleurs !

Mais de rien. Donc, si tu te rappelles bien, le prix d’achat de ta voiture n’est pas déduit de ton bénéfice l’année de son achat. Il est pris en charge petit à petit, sur plusieurs années.

Aaah, je vois où tu veux en venir : l’argent est sorti de ma société en une fois, alors que le bénéfice, lui, a été touché en plusieurs fois. Donc, si je te comprends bien, l’année de l’achat, mon cash-flow a probablement été inférieur à mon bénéfice. Pour cette voiture, j’ai sorti plus d’argent que je n’ai déduit de charges.

C’est tout à fait ça ! Et les années suivantes, tu n’as plus sorti d’argent pour ta voiture, mais elle a continué à générer des charges d’amortissement. Toutes autres choses étant égales, ton cash-flow a donc été supérieur à ton bénéfice.

Génial, j’ai compris. En fait, cette différence existe pour tous les investissements amortis dans mes comptes : mon bureau, mon ordinateur, mes équipements de production, et ainsi de suite ! À part l’année de leur achat, mon cash-flow est donc plus élevé que mon bénéfice.

C’est ça ! Mais naturellement, les choses changent un peu si ta société a fait un emprunt pour cette voiture.

Ah oui, puisque là ma banque a versé l’argent avant que je ne paie le vendeur, et qu’ensuite j’ai fait des remboursements !

Exactement. Et ces remboursements ne suivent pas forcément le rythme de l’amortissement, donc il y aura toujours des différences. D’autres éléments jouent aussi : des clients qui paient en retard, un stock qui grossit, des fournisseurs que tu paies plus tôt ou plus tard. C’est ce qu’on appelle la variation du besoin en fonds de roulement. Mais je pense que tu as saisi le principe.

Comment calculer le cash-flow ?

D’accord, mais concrètement, comment je calcule mon cash-flow ?

Le plus simple, c’est un exemple. Imaginons que ta société réalise 100.000 euros de chiffre d’affaires sur l’année. Pour y arriver, elle a payé 60.000 euros de dépenses.

Donc il reste 40.000 euros sur le compte.

Voilà : ton cash-flow est de 40.000 euros. Mais il y a cinq ans, tu as acheté une machine de 100.000 euros. Chaque année, elle est amortie à hauteur de 10.000 euros. Cette charge ne fait sortir aucun argent cette année, mais elle diminue ton bénéfice :

  • Chiffre d’affaires : 100.000 €
  • Dépenses payées : – 60.000 €
  • Amortissement de la machine : – 10.000 €
  • Bénéfice : 30.000 €

Et si je pars de mon bénéfice ?

Tu fais le chemin inverse. Tu reprends ton bénéfice et tu rajoutes les charges qui n’ont rien fait sortir de ton compte :

  • Bénéfice : 30.000 €
  • + Amortissements : 10.000 €
  • Cash-flow : 40.000 €

Dans une version un peu plus complète, on rajoute aussi les autres charges qui ne sont pas des sorties d’argent, comme les réductions de valeur et les provisions.

Et le fonds de roulement dont tu parlais ?

Pour être tout à fait précis, il faut encore tenir compte de la variation de ton besoin en fonds de roulement. Si tes clients te doivent plus d’argent qu’au début de l’année, une partie de ton cash-flow est « bloquée » chez eux. Mais le principe ne change pas.

Ce que regarde votre banquier

Ça m’intéresse, parce que je voudrais demander un crédit pour une nouvelle machine. Mon banquier, il regarde mon chiffre d’affaires ou mon bénéfice ?

Ni l’un ni l’autre en priorité. Pour juger de la santé de ta société et de sa capacité à rembourser, il regarde surtout ton cash-flow. Dans notre exemple, ces 40.000 euros sont des liquidités disponibles pour rembourser un emprunt. C’est sur cette base qu’il décidera de t’accorder un prêt ou non.

Donc il pourrait me prêter de quoi rembourser 40.000 euros par an ?

Pas si vite. Il regardera aussi tes emprunts en cours. L’argent que tu consacres déjà à un remboursement n’est plus disponible. Si tu rembourses déjà 15.000 euros par an, il te reste 25.000 euros de cash-flow disponible. Les remboursements de ton nouveau crédit ne pourront pas dépasser ce montant : par exemple 50.000 euros sur deux ans, ou 100.000 euros sur quatre ans, hors intérêts.

Je comprends mieux pourquoi il m’a demandé mes comptes annuels !

Et le fisc, il regarde quoi ?

Tout est clair, merci. Mais dis-moi, le fisc, il se base sur quoi, lui ? Le bénéfice ou le cash-flow ?

Ni l’un ni l’autre, jeune entrepreneur plein d’avenir. Il se base sur le bénéfice fiscal, qui n’est pas le même que ton bénéfice comptable.

Oui, tu as raison, à chaque jour suffit sa peine.

FAQ

Comment calculer le cash-flow d’une entreprise ?
La méthode la plus simple : partir du bénéfice et y ajouter les amortissements, ainsi que les autres charges qui ne font sortir aucun argent (réductions de valeur, provisions). On peut aussi faire la différence entre les rentrées et les sorties d’argent de l’année.

Un cash-flow positif veut-il dire que ma société est rentable ?
Pas forcément. Une société peut avoir un cash-flow positif avec un bénéfice faible, voire une petite perte, si elle supporte de gros amortissements. À l’inverse, une société bénéficiaire peut manquer de liquidités si ses clients paient tard ou si elle rembourse beaucoup d’emprunts.

Comment mieux gérer son cash-flow ?
Facturer rapidement, relancer les clients en retard, négocier les délais de paiement avec vos fournisseurs et réfléchir au financement de vos gros investissements (fonds propres ou emprunt). Votre comptable peut vous aider à anticiper les périodes plus tendues.

Nos experts vous partagent leurs secrets !