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Amortissement fiscal, amortissement comptable, quelle(s) différence(s)?

6–9 minutes

Les amortissements figurent parmi les principales sources de divergence entre votre bénéfice comptable et votre bénéfice fiscal. La raison : le gestionnaire et l’administration fiscale ne regardent pas un investissement de la même façon. Voici comment les deux logiques s’articulent, et ce qui a changé.

À quoi sert un amortissement ?

L’amortissement est une opération qui répartit la valeur d’un investissement sur sa durée d’utilisation, tout en enregistrant dans vos comptes la diminution progressive de cette valeur.

Prenons un exemple. Vous achetez du matériel pour 10 000 € HTVA. Traité comme un simple achat, ce montant serait déduit en une fois de votre bénéfice l’année de l’acquisition. Ce n’est pas la logique du gestionnaire, pour trois raisons :

  • Vous utiliserez ce matériel plusieurs années. Si vous prévoyez de le remplacer dans cinq ans, il est cohérent d’étaler son coût sur ces cinq années d’utilisation.
  • Ce matériel a une valeur. Il fait partie des avoirs de l’entreprise. En le comptabilisant comme investissement — votre comptable parle d’immobilisation —, il apparaît à votre bilan et compte dans la valeur de l’entreprise.
  • Cette valeur diminue avec le temps. Vos comptes doivent refléter cette baisse pour ne pas surévaluer vos avoirs.

En inscrivant le matériel en immobilisation et en l’amortissant, vous tenez compte de ces trois éléments. Au lieu de déduire 10 000 € en une fois, vous déduisez 2 000 € par an. Après un an, le matériel vaut 8 000 € dans vos comptes, puis 6 000 €, et ainsi de suite.

L’amortissement est donc, avant tout, un outil de gestion.

Deux exceptions : les terrains et les œuvres d’art. Ni l’un ni l’autre ne perd, en principe, de la valeur avec le temps. Les amortir ne correspondrait à aucune réalité comptable. en une fois une dépense de 10 000 euros, vous déduirez 2 000 euros par an de votre bénéfice. Après un an d’utilisation, votre matériel ne vaudra plus que 8 000 euros dans vos comptes, puis 6 000, et ainsi de suite.

Et l’amortissement fiscal?

L’administration fiscale porte un autre regard sur l’opération. Le fisc impose le bénéfice de votre entreprise. Si vous déduisiez 10 000 € l’année de l’achat, c’est autant de bénéfice qui échapperait à l’impôt cette année-là. En amortissant 2 000 € par an, votre bénéfice de la première année reste supérieur de 8 000 € donc imposé d’autant. L’amortissement étalé est, de ce point de vue, favorable au fisc.

Ce qui ne signifie pas que l’administration accepte n’importe quel amortissement. Ses réserves portent sur trois points.

  • La durée d’amortissement. Plus la durée est courte, plus vous déduisez chaque année. Le fisc se montre donc plus réticent face aux durées courtes.
  • Le montant amorti l’année de l’achat. L’administration attend un amortissement pro rata temporis, calculé selon la durée réelle de détention du bien la première année. Un matériel acheté le 30 septembre et amorti sur cinq ans ne donnera droit qu’à 500 € d’amortissement cette année-là, et non à une annuité complète.
  • La méthode de calcul. L’amortissement linéaire applique chaque année la même proportion du bien. L’amortissement dégressif déduit davantage les premières années, puis moins ensuite. L’accès au dégressif est encadré et a évolué récemment (voir plus bas).

Et si le fisc n’est pas d’accord?

L’administration ne peut pas vous imposer un traitement dans vos comptes annuels. Votre obligation de présenter des comptes conformes à la réalité prime sur son opinion. En revanche, dans certaines limites, elle peut vous imposer un traitement différent dans votre déclaration fiscale : la part d’amortissement qu’elle refuse est alors reprise en dépense non admise (DNA) et réintégrée au bénéfice imposable.

Le fisc peut aussi être d’accord sur la méthode et la durée, mais la loi limite le montant déductible. C’est le cas des voitures de société, développé plus bas.

Que dit la loi?

Il n’existe aucune disposition légale fixant la durée d’amortissement. Des durées sont généralement admises par la pratique : environ 3 ans pour du matériel informatique, 5 ans pour une voiture, 20 ans pour un bâtiment industriel, 33 ans pour un immeuble de bureaux.

Le fisc s’écarte parfois de ces repères. Il a ainsi imposé à des utilisateurs de véhicules de luxe réputés pour leur longévité un amortissement sur 10 ans au lieu de 5, position parfois validée par le juge.

En revanche, la méthode et le prorata sont encadrés depuis la réforme de l’impôt des sociétés (loi du 25 décembre 2017), dont les effets sur les amortissements courent à partir des exercices commençant au 1er janvier 2020. Les règles sont plus strictes pour les sociétés que pour les indépendants en personne physique, et le cadre a de nouveau bougé en 2025 :

  • Pro rata temporis. Pour les biens acquis à partir de 2020, toutes les sociétés — PME comprises — amortissent obligatoirement pro rata temporis dès la première année : l’annuité se calcule au prorata des jours de détention effective du bien sur l’exercice. Les indépendants en personne physique conservent le choix d’une annuité complète la première année.
  • Méthode. L’amortissement dégressif a d’abord été supprimé pour toutes les sociétés au 1er janvier 2020, ne laissant que le linéaire. Il a ensuite été réintroduit pour les PME à partir de l’exercice 2025 (accord de gouvernement De Wever I). Le taux dégressif peut atteindre le double du taux linéaire, dans la limite de 40 % de la valeur d’acquisition, appliqué sur la valeur résiduelle du bien. Les indépendants en personne physique ont, eux, toujours conservé le libre choix entre linéaire et dégressif.

Linéaire ou dégressif : un exemple

Une PME achète en janvier 2025 une machine de 10 000 €, amortie sur 5 ans (taux linéaire de 20 %).

  • En linéaire : 2 000 € par an pendant 5 ans.
  • En dégressif : le taux peut atteindre le double, soit 40 %, appliqué chaque année sur la valeur résiduelle. La première année, la déduction atteint 4 000 € (40 % de 10 000 €), puis 2 400 € (40 % de 6 000 €), et ainsi de suite. Lorsque l’annuité dégressive devient inférieure à l’annuité linéaire, on bascule vers le linéaire pour solder le bien.

Le dégressif ne change pas le coût total déduit sur la durée : il concentre la déduction sur les premières années. C’est un levier de trésorerie pour une PME qui veut réduire sa base imposable à court terme, pas une déduction supplémentaire.

Le cas des voitures de société : les évolutions notables

La voiture de société illustre le cas où le fisc accepte la durée et la méthode d’amortissement, mais plafonne le montant déductible. Ce plafond a été profondément revu, et l’ancienne règle « 0 à 50 % » ne correspond plus au droit en vigueur.

La déductibilité dépend de la date de commande

Depuis 2020, la déductibilité des frais de voiture — amortissement compris — se calcule selon la formule aux grammes de CO₂, et non plus selon des taux forfaitaires fixes. Mais la réforme du verdissement a superposé à cette formule un calendrier d’extinction qui dépend avant tout de la date de commande du véhicule (et non de la livraison ou de l’immatriculation).

Trois régimes coexistent en 2026 :

  • Véhicules thermiques (essence, diesel, hybrides non rechargeables) commandés à partir du 1er janvier 2026 : déductibilité de 0 %. Aucun régime transitoire. Ni l’amortissement, ni les frais liés (carburant, entretien, assurance) ne sont déductibles.
  • Véhicules thermiques commandés entre le 1er juillet 2023 et le 31 décembre 2025 : régime transitoire dégressif — 50 % en 2026, 25 % en 2027, 0 % en 2028.
  • Véhicules 100 % électriques : déductibilité de 100 % pour les commandes passées avant le 1er janvier 2027, puis calendrier dégressif (95 % en 2027, 90 % en 2028, et ainsi de suite).

Les véhicules commandés avant le 1er juillet 2023 conservent l’ancien régime (formule CO₂ classique) pour toute leur durée d’utilisation par le même propriétaire.

L’impact sur l’amortissement

Concrètement, l’amortissement comptable et l’amortissement fiscal peuvent fortement diverger. Reprenons un véhicule acheté 40 000 €, amorti en linéaire sur 5 ans :

  • Amortissement comptable : 8 000 € par an, quel que soit le régime fiscal. Vos comptes reflètent l’usure réelle du bien.
  • Amortissement fiscalement déductible : il dépend du régime applicable au véhicule.
    • Véhicule électrique commandé en 2026 (100 %) : les 8 000 € sont déductibles.
    • Véhicule thermique sous régime transitoire (50 % en 2026) : 4 000 € déductibles, 4 000 € repris en DNA.
    • Véhicule thermique commandé en 2026 (0 %) : rien n’est déductible ; les 8 000 € sont intégralement repris en DNA.

À noter : la déductibilité s’applique de la même manière au véhicule et à ses frais d’usage. Un thermique commandé en 2026 ne génère donc aucune déduction, ni sur l’amortissement, ni sur le carburant ou l’entretien.

Point d’attention. Ce cadre continue d’évoluer et comporte des cas particuliers (hybrides rechargeables, camionnettes et utilitaires légers thermiques qui conservent leur régime propre, exceptions sous réserve de vote parlementaire). La date de commande étant déterminante, tout arbitrage entre motorisations mérite une vérification au cas par cas.

Amortissement comptable et fiscal : le mot de la fin

L’amortissement comptable répond à une logique de gestion : refléter fidèlement l’usure d’un bien et sa valeur au bilan. L’amortissement fiscal encadre ce que l’administration accepte de déduire, à travers des règles de méthode, de durée et de plafonnement. Les deux coïncident souvent, mais peuvent diverger nettement la voiture de société en est l’exemple le plus marquant, et l’écart s’est creusé avec la fin de la déductibilité des thermiques en 2026.

Avant tout investissement significatif, un échange avec votre expert-comptable permet d’anticiper l’impact comptable et fiscal réel de la dépense, en particulier pour un véhicule, où le régime applicable se joue à la date de commande.

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